La Révolution n’a pas encore eu lieu

 

Paris: Editions Caractères, Janvier 2004, ISBN: 2-85446-358-7, 28 pages, 11 * 18 cm

Collections “cahiers & cahiers”

English

In a text that intertwines the Pesian quatrain, the alexandrine and prose, a new genre is fashioned, the book-miniature. Through a whole intertextual tram that invokes poets of the past, the book constitutes a defiant gaze and answer, deligitimizes the importance of political revolutions and points toward interior revolutions – individual attempts at the creation of artworks, and elaboration of new forms of becoming – all the while questioning the very possibility and/or meaning of any and all types  of revolutions.

Français

Petit livre au titre trompeur où, dans son humble taudis, dans un quartier mal-famé – et imaginaire – le poète est visité par le Destin Révolté…

Dans un texte qui entrelace le quatrain persan, l’alexandrin et la prose, s’engendre un nouveau genre, le livre-miniature. Annonce, défi, réplique, apostrophe de poètes à travers tout un trame intertextuel, le livre délégitimise la portée des révoltes politiques et pointe vers une révolution intérieure – et les tentatives individuelles de création d’oeuvres, et les élaborations de nouvelles formes de devenir – tout en s’interrogeant sur la possibilité et le sens même de toute révolution.

Excerpt

Le patron d’un bureau de tabac passant, me vit soudain au seuil de la porte. ‘Salut A—,’ me dit-il, cet intempéré gentleman qui venait ouvrir son bureau. ‘Salut,’ je répondis, assez froidement, demeurant au seuil de mon humble taudis. Un jour d’automne comme le printemps que c’était, tellement que les chansons des oiseaux ressemblaient à cette mélodie d’outretemps. Je vis les feuilles à mille et une couleurs tombées des arbres, rouge bleu vert, voyelles des maudits d’autrefois, étalées par terre, aux pieds des troncs, dans ce jardin de fleurs des maux, oublié. Et sur le seuil de mon humble taudis, après l’inattendu départ du Destin Révolté, je pensai, à quoi bon encore une lettre au jeune poète, ou l’attente infinie, d’une vie, pour formuler un traité? Au seuil de mon humble demeure, je pensai, plutôt me mettre au boulot, trois ans ou trente ans, façonner une autre épopée, des rois ou des métamorphoses, des graphies ou des alphabets, des paradis retrouvés ou d’autres odyssées. O Corbeau changé en Ravin, O Eblis qui devint mon Faust, O coup de dés que je remis à plus tard, et ces pensées que j’échangeai pour des dollars, O mal d’aurores que j’adorai et feuilles des pelouses que je rejettai, O divine comédie humaine incrustée dans mes ghazales inédits, O rois danois amoureux illicites insérés dans mes quatrains en alexandrins, O moix que j’élançai à travers les continents, en toutes saisons, parmi les matières premières et les éléments – la terre, le feu, le vent – que j’apprivoisai: O langages d’autres, et visages d’autres, et corps même, de l’Autre, que j’appris à ébaucher: O montagnes et bergers et petite mélodie d’un fleuve étranger: O bruine colorant le voyage du passager: O ombre, embrun, naviguant les solitudes des airs: O voyant longeant les côtes des mers, orant sans dieu traversant le désert: O écumes survolant des villes entières: et des paroles du Destin Révolté, qu’est-ce, mais qu’est-ce donc, que j’en fais?!

Revolution

 

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