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Feu l

 

Feu l’encre – Fable

ISBN 2-85446-280-7, 03/00, 12×21, 56p., 60F

Collections “Planètes”

English

Theatrical prose-poem written in French with an interlude (Fable) in English. The marionettes and the mime that constitute the “characters” are affected through successive gradations by the unfurling of technologies, politics and other causes announcing the end of an artistic and literary epoch. Abandonment of writing through writing itself, which reveals the problematics of beginnings and endings. The inevitable and infinite cycle of creation that is played out here is privy to the impossibility of this abandonment.

“Lexical fire-works that end 50 pages later: happy that it doesn’t last longer, one comes out of it drained, a bit drunk and dazed from hearing the soliloquy of this marionette-prophet who challenges us, harangues us like an indolent mass trying to see clearly in the world… His words, taken from an inexistent dictionary, constitute so many worlds, so many rhythms, fashion such a compact throbbing that it’s almost too rich… constructing a book-universe that’s at once hilarious and sad, living and despaired…” – Salmagundi (France)

Français

“Un feu d’artifice lexical qui s’achèvera 50 pages plus loin. Heureux qu’il n’ait pas duré davantage, on en ressort presque vide, un peu soûl d’avoir entendu le soliloque aux leitmotiv obsédants de cette marionette-prophète qui nous prend à parti, nous harangue comme une foule indolente pour y voir clair dans le monde, dans son histoire et son écriture…”

“Ses mots, souvent travesties, empruntés à un dictionnaire introuvable… forment autant de percussions, esquissent un vrombissement compact et presque trop riche, composant au bout du compte un livre-univers cocasse et triste, vivant et désespéré.” Salmagundi

Feu l’encre – Fable, un proème-théatre écrit en français et en anglais, constitute une œuvre ‘atomique’, qui se déferle autant sur le registre théâtral que celui de la prose.

Les marionettes qui en constituent les personnages subissent par gradations successives le déferlement des technologies et autres causes qui annoncent la fin d’une époque artistique et littéraire. Abandon de l’écriture à travers l’écriture elle-même, qui révèle les mensonges des commencements et des clôtures. Le cycle inevitable et infini de la création, qui est joué ici, témoigne de l’impossibilité de cet abandon.

(Note théâtrale: Le texte français est performé par des marionnettes (objets inertes qui, ici, parlent). Le texte anglais est performé par un mime (sujet humain qui, ici, ne parle pas). La signification de l’écriture ‘en’ une langue est encore une fois mise en cause dans le contexte de l’expression performative de ce texte.)

(Note sur le texte: les démarcations dans Feu l’encre – Fable demeurent intentionnellement ambigus. A travers les impositions de la pagination et de la ponctuation utilisée, le lecteur potentiel ne peut savoir si c’est le texte de ‘feu l’encre’ qui constitue la ‘fable’, ou si la ‘fable’ constitue une pause en une langue étrangère à l’intérieur de ‘feu l’encre’, ou si une ‘fable’ se poursuit en le texte de ‘feu l’encre’ (avec sa morale). Il va sans dire que la co-présence de ces possibilités fait partie du propos englobant du texte.)

Excerpt

C’est une marionnette la même mais version légèrement plus adulte, mais pas trop, aux cheveux toujours longs et une abondance de gris qu’on ne voit pourtant pas, c’est une marionnette tranquille et souriant assis dans le salon une jambe sur l’autre, devant le piano, avec un bébé marionnette sur ses genoux et un autre enfant marionnette qui rentre et ressort en courant en jouant, qui s’adresse à sa femme, la marionnette au bonnet rouge: feu l’encre, jadis, chère épouse, m’entraîna dans les labyrinthes piranhiques sous prétexte d’enchantement et de liberté, sous prétexte de destruction des chaînes qui tant retenaient, chaînes historiques et chaînes sociales, chaînes politiques et chaînes philosophiques, chaînes maléfiques et chaînes stratégiques, chaînes anthropologiques et chaînes mathématiques: et les chaînes d’accord je les ai un peu détachées, mais, sais-tu, comme je le disais, tout à l’heure à mamie, cela même m’enchaîne: à l’effort perpétuel de déchaînement: dont le bout je n’arrive à voir, n’arrive à voir, et bien non, chère épouse, c’est une marionnette bien fier, bien victorieux, bien convaincu de la voie choisie qui annonce triomphalement que feu l’encre déprivait des plaisirs les plus mondains, les plus simples mais sublimes plaisirs quotidiens, cet incomparable, innommable mais inestimable joie dérivée du calin de nos chers mômes, le baiser de notre chère femme, les appels téléphoniques des chers oncles et tantes, les visites inattendues, le dîner à table avec la famille, cet O si merveilleux sentiment de partage et de participation, d’appartenance et de pertinence: c’est une marionnette à la voie transformée et la voix moins angoissée, moins amer, qui prononce haut et fort, que la petite promenade du dimanche, dans le parc tenant les poussettes, les salutations, les petits voyages à la touriste caméra autour du cou casquette sur la tête la main d’une gamine chialante – et chiante – dans la main, la sortie à des petites fêtes avec toute la famille, les oncles et les tantes et les cousins et les cousines cités ci-dessus inclus, avec le panier occasionel et les interruptions des fourmis et des écureuils, la paresse même et la télé, un film nul ou un programme américain, et bien, ces choses-là le retiennent, c’est cela même qu’il préfère: ainsi qu’il compte passer ces journées, sans la moindre préoccupation compositionnelle ou linguistique, sans la moindre angoisse reliée à quelconque ouvrage ou à ce démon sans bornes appelé œuvre, sans la moindre considération, ni même un poli remerciement, pour le silence, tant chéri, tant chéri:

C’est une marionnette à la langue cousue aux mains ligotées criant feu l’encre mon amour immolateur de mes capacités, physiques, incitant les ravages de fonctions corporelles infligées par des appareils de torture pratiqués par des bourreaux entraînés à l’école normale pratique des hautes études en sciences d’applications de douleurs physiques, d’aliénation psychologique et d’humiliation à perpétuité visant l’effondrement total de l’être, qui s’adresse bientôt, calmement, au Père ici présent afin de sauver son âme après toutes ses divagations avec l’encre, feu l’encre, au flic et au commissaire ici présent afin d’éviter toute agression malgré sa paralysie et son immobilisme assumés avec une abondance de cordes et de chaînes, les représentants de la famille, la patrie et les systèmes d’éducation qui l’on nourrit ce bad-boy, les professeurs inclus, qui envisageaient naguère un brillant futur pour ce revolté avec cause dont ils n’arrivaient à placer la ruée vers l’abysse, cette âme perdue qu’ils auraient tellement voulu redirigier sur la bonne voie, n’avait-il pas démontré après tout son grand talent, ses uniques capacités d’observations et de créations, cette même marionnette aux cornes placées par les autorités responsables de cet emprisonnement et torture bien mérités nous sommes d’accord sur sa tête pour symboliquement même littéralement qui sait avec ce régime insister sur l’essence diabolique de cet indésirable, indésirable démon, cette même marionnette qui explique calmement, à eux, son public: j’aimerais ici écraser les rumeurs circulant que d’une manière ou d’une autre mes récentes affirmations furent forcées: non, c’est avec volanté, à travers ma propre volition, car j’en ai une, n’en doutez point, malgré les apparences, malgré la substance qui constitue mon être, n’en doutez point, j’en ai une, tout comme vous, tout comme vous, entendez-moi, tout comme vous: c’est moi-même, sans crainte des dangers, sans crainte des massacres, sans crainte des conséquences politiques, sans la moindre hésitation dérivée des conditions de possibilité d’expression dans certaines sociétés plus, il faut insister sur cette addition, plus la situation globale des échanges et des communications qui permettent aux terreurs de certaines idéologies d’intimider les biens impertinents teneurs d’autres que pourtant les premiers considèrent comme des menaces, bien loin, très loin, si loin qu’en fait tout le monde s’en foutrait mais bon, ainsi ne va pas le monde, les récompenses et les gains perçus parviennent à générer des relations bien ridicules, bref, sans quelconque crainte, que je déçidais d’abandonner, d’oublier, d’haïr même, mes projets passés, les bêtises dans lesquelles je m’étais effondré et que mes gentils et généreux bourreaux m’ont bien enseigné à reconnaître tel quel: des inanités forcées par la propagande, par des conspirations et des méthodes de brain-washing bien subtils: c’est une marionnette réformée qui insiste que c’est lui-même, lui-même qui déposa les teneurs d’encre, vehicules du malmènement des innocents petits enfants, lui-même qui les détruisit et les enterra, derrière, dans le jardin: pour se vouer, à la dissémination de propos moraux, à l’enseignement de choses officielles, à la propagation de croyances et de théories aussi dangereuses et ridicules et banales que toujours mais tant pis c’est ainsi:

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